Thomas Harris a décidé pour le quatrième tome des aventures de l'illustre Hannibal Lecter, d'écrire sur son enfance. Il n'est plus question des conséquences de son cannibalisme, mais des causes. Le romancier propose de répondre à cette problématique : comment un être simple peut-il devenir un anthropophage qui se délecte à manger de la chair humaine ? Quelle est l'origine d'une telle déviance psychologique ? Sa réponse tient incontestablement debout.
Il s'appuie sur le fameux principe de mimésis. Hannibal, déporté pendant la guerre, orphelin, mal traité, vit une expérience traumatisante. Cet épisode violent le poursuit toute sa jeunesse. Des images récurrentes lui apparaissent, sans qu'il puisse les interpréter. Sommeil perturbé, pertes de mémoire, Hannibal devient solitaire, enclin à la violence. Jusqu'au jour où il recouvre la mémoire. Sa vie prend alors un but. En vérité, l'histoire d'Hannibal Lecter, est surtout celle d'une vengeance.
L'écriture de Thomas Harris a cette particularité d'épouser parfaitement la psychologie d'Hannibal. Au début, les mots choisis sont tendres, à l'image de l'enfance paisible du héros. Vite, ils deviennent violents, comme s'ils voulaient capter les émotions brutes d'Hannibal. Thomas Harris, bien qu'il se distancie de son héros en utilisant la troisième personne, l'intègre pleinement. Utilisant le point de vue omniscient, il nous fait percevoir subtilement les dérangements et les réflexions d'Hannibal. Au final, le héros devient presque attendrissant. Le lecteur adhère au comportement de l'adolescent, rendu légitime.
'Hannibal Lecter, les origines du mal' retrace l'enfance perturbée du héros avec violence, parfois avec tendresse. Hannibal est réhabilité parce qu'il est humanisé.
Cet ouvrage cherche à le comprendre. Résultat, les pistes sont brouillées. Hannibal est-il un monstre ou juste une victime ?
